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Les jeunes médecins ne veulent plus exercer comme avant : ce que cela change pour l’accès aux soins

En France, le nombre de médecins progresse, mais l’accès aux soins reste difficile. Pourquoi ? Parce que les jeunes générations n’adoptent plus massivement le modèle historique du libéral exclusif à très forte charge horaire. Montée du salariat, activité plus fragmentée, recherche d’équilibre, difficultés à accepter de nouveaux patients : la médecine change, et le système doit apprendre à fonctionner autrement.

Illustration montrant l’évolution du métier de médecin en France, entre cabinet libéral surchargé et organisation des soins plus moderne, coordonnée et digitalisée - SPEEDOCTOR

Pendant longtemps, l’image du médecin en France a reposé sur une figure presque évidente : celle d’un praticien très disponible, souvent installé en libéral, travaillant beaucoup, parfois énormément, avec une forte continuité de présence au cabinet. Or ce modèle s’efface peu à peu. Et c’est sans doute l’un des grands angles morts du débat sur l’accès aux soins. Car si les délais s’allongent, ce n’est pas seulement parce qu’il manquerait des médecins ; c’est aussi parce que les nouvelles générations ne reproduisent plus, ou beaucoup moins, le schéma historique du libéral exclusif à très forte charge horaire. Source

Le nombre de médecins augmente, mais l’expérience des patients ne s’améliore pas au même rythme

À première vue, les chiffres peuvent sembler rassurants. La DREES indique qu’au 1er janvier 2025, la France compte 237 200 médecins en activité. De son côté, le Conseil national de l’Ordre des médecins recense 241 255 médecins en activité inscrits à l’Ordre. Les périmètres diffèrent légèrement, mais le constat est le même : les effectifs repartent à la hausse. Pourtant, pour les patients, la sensation dominante reste celle d’un système saturé, avec des délais souvent trop longs et des difficultés persistantes à trouver un praticien disponible. Source Source

C’est là que commence le vrai sujet. Le nombre brut de médecins ne dit pas tout sur la capacité réellement accessible. Le CNOM montre que la part des médecins en activité régulière diminue nettement dans le temps : 76,5 % des inscrits en 2010, 60,4 % en 2024, 59,9 % en 2025. Et le même document précise un point essentiel : cette activité régulière n’est pas convertie en équivalent temps plein. Autrement dit, ces statistiques ne mesurent pas exactement le “temps plein” au sens strict, mais elles disent quelque chose de fondamental : l’exercice médical devient plus fragmenté, plus divers, moins aligné sur le modèle ancien d’une activité continue et très intensive. Source

Le modèle historique du médecin libéral ultra-disponible s’érode

Ce que montrent les données, ce n’est pas une baisse uniforme du travail médical. C’est une transformation du mode d’exercice. Le CNOM observe d’abord une forte progression des médecins retraités qui gardent une activité : leur nombre a augmenté de +307,7 % entre 2010 et 2025. L’activité intermittente, comme le remplacement, progresse aussi fortement, avec +71,2 % sur la période. Cela signifie qu’une part croissante du corps médical exerce de manière moins stable, moins continue, ou selon des formats plus souples qu’auparavant. Source

En parallèle, l’activité salariée devient de plus en plus attractive. Le CNOM note qu’elle représente désormais 46,5 % des actifs en 2025, et le communiqué de l’Ordre rappelle qu’elle a même détrôné l’exercice libéral dans certaines catégories de médecins en activité régulière. Chez les moins de 40 ans, l’attrait pour le salariat est particulièrement marqué. Ce glissement n’est pas anodin : il reflète une recherche d’organisation du travail plus lisible, plus encadrée, parfois plus compatible avec un équilibre de vie que le libéral classique. Source Source

Les jeunes générations n’entrent plus dans la profession avec les mêmes attentes

C’est probablement ici que se situe la rupture la plus importante. Les jeunes médecins n’arrivent pas dans le système avec le même rapport au travail que leurs aînés. Cela ne signifie pas qu’ils seraient moins investis ; cela signifie qu’ils ne souhaitent plus forcément organiser leur vie professionnelle autour d’une présence libérale exclusive, extensive et durablement surchargée.

Les données disponibles vont dans ce sens. La profession s’est fortement féminisée : les femmes représentaient 40,1 % des médecins en activité en 2010, contre 49,9 % en 2025 selon le CNOM. Or, historiquement, la DREES montrait déjà que la progression du temps partiel chez les médecins s’expliquait en partie par la féminisation, mais aussi par la montée du salariat et par une évolution plus large des formes d’exercice. Il ne faut pas réduire ce mouvement à une simple variable de genre ; il s’agit surtout d’un changement structurel dans la manière de penser la carrière médicale. Source Source

L’étude de la DREES sur le temps de travail des médecins montrait déjà une hausse du temps partiel, passé de 15,2 % en 1993 à 21,7 % en 1999, avec une durée moyenne d’environ 30 heures hebdomadaires pour ceux qui déclaraient exercer à temps partiel. Elle rappelait aussi que les médecins salariés non hospitaliers travaillaient en moyenne moins que les généralistes libéraux. Même si ces données sont anciennes, elles montrent que la mutation actuelle ne sort pas de nulle part : elle s’inscrit dans une tendance longue, où l’exercice médical devient moins uniforme et moins centré sur le modèle du cabinet libéral à très forte charge horaire. Source

Le vrai problème : un décalage croissant entre démographie médicale et disponibilité réelle

Ce changement de modèle a une conséquence directe : l’augmentation du nombre de médecins ne se traduit pas automatiquement par une augmentation équivalente de l’offre de rendez-vous accessible. Le CNOM le dit clairement : la légère progression des effectifs ne constitue pas, à elle seule, une réponse crédible aux difficultés d’accès aux soins sur cette décennie. Autrement dit, raisonner uniquement en “nombre de médecins” devient insuffisant. Source

Ce décalage se voit très concrètement dans l’accès au rendez-vous. La DREES montre que, lorsque la prise de rendez-vous échoue, 14 % des cas s’expliquent par le fait que le praticien ne prend plus de nouveaux patients. Autrement dit, une partie de l’offre existe encore, mais n’est plus réellement ouverte. Après un échec, 56 % des patients essaient de contacter un autre professionnel, et 32 % finissent par renoncer à leur demande de soins. Ce n’est pas seulement une question de pénurie brute ; c’est aussi une question de capacité verrouillée. Source

Le terrain confirme ce diagnostic. Dans un reportage de franceinfo, un cardiologue explique prendre “de moins en moins de nouveaux patients” parce qu’il n’a plus de place dans un agenda déjà saturé. L’article évoque également des délais moyens très longs : quatre mois et demi pour un dermatologue, trois mois pour un cardiologue, et deux mois ou plus pour un ophtalmologue, un ORL, un gynécologue ou un psychiatre. Source

Il ne faut pas opposer les médecins d’hier et ceux d’aujourd’hui

L’erreur serait de transformer ce constat en procès générationnel. Le sujet n’est pas de reprocher aux jeunes médecins de ne plus vouloir travailler comme leurs aînés. Le sujet est de reconnaître que le système de santé a longtemps fonctionné en reposant sur un modèle d’engagement individuel extrêmement intensif, qui n’est plus, aujourd’hui, socialement ni professionnellement reproductible à grande échelle.

Ce changement n’est pas illégitime. Il traduit aussi une aspiration plus large à un exercice soutenable, à une meilleure conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle, à des organisations collectives plus protectrices et à des conditions d’exercice plus prévisibles. En réalité, le problème ne vient pas du fait que les jeunes médecins refusent l’ancien modèle ; il vient du fait que l’organisation du système continue trop souvent à supposer qu’il existe encore. Source Source

La bonne réponse : mieux organiser les parcours, pas seulement attendre plus de médecins

Si l’on accepte ce diagnostic, alors la réponse change. Il ne suffit plus d’espérer un retour au modèle du médecin libéral omniprésent. Il faut bâtir un système capable de fonctionner avec une médecine plus diverse, plus salariale, plus mixte, parfois plus fragmentée — et donc mieux organisée.

Cela suppose de raisonner non seulement en effectifs, mais en capacité accessible : mieux orienter les patients, identifier plus vite les professionnels réellement disponibles, réduire les rendez-vous perdus, fluidifier les files actives et mieux exploiter les créneaux existants. C’est là que les outils d’organisation et d’optimisation deviennent stratégiques. Source

L’exemple le plus documenté à ce jour vient d’Emirates Health Services, aux Émirats arabes unis. En mobilisant un modèle d’IA pour identifier les rendez-vous les plus à risque d’être non honorés, le réseau a réduit son taux de no-show de 20,82 % à 10,25 %, soit -50,7 %, tout en diminuant le temps d’attente moyen d’environ 5,7 minutes. L’intérêt de cette expérience est simple : elle montre qu’on peut améliorer l’accès aux soins sans créer immédiatement plus de médecins, simplement en utilisant mieux le temps médical déjà disponible. Source

Pourquoi ce sujet concerne directement SPEEDOCTOR

Pour SPEEDOCTOR, cette évolution est centrale. Si la médecine française devient moins homogène dans ses rythmes, ses statuts et ses modes d’exercice, alors l’enjeu n’est plus seulement de chercher plus de médecins. Il devient essentiel de mieux orienter, mieux cartographier, mieux prioriser et mieux sécuriser l’accès aux rendez-vous réellement disponibles.

Autrement dit, l’avenir de l’accès aux soins passe moins par le fantasme d’un retour au modèle ancien que par une organisation plus intelligente du réel. Si les jeunes générations ne veulent plus exercer comme avant, alors ce n’est pas à elles de rentrer de force dans un système obsolète ; c’est au système d’évoluer pour fonctionner efficacement avec la médecine d’aujourd’hui. Et c’est précisément là qu’une logique comme celle de SPEEDOCTOR prend tout son sens.

Conclusion

Les jeunes générations de médecins semblent en effet moins enclines à reproduire le modèle historique du libéral exclusif à très forte charge horaire. Non pas par désengagement, mais parce que les formes d’exercice évoluent, que les attentes changent et que le travail médical se recompose. Le vrai défi, pour la France, n’est donc pas seulement de former davantage de médecins. C’est de construire un système capable de rendre l’offre existante plus lisible, plus accessible et mieux organisée dans ce nouveau contexte.