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Et si la France s’inspirait des Émirats arabes unis pour fluidifier l’accès aux soins ?
En France, obtenir un rendez-vous médical peut prendre plusieurs semaines, parfois plusieurs mois. Et si une partie de la solution consistait à mieux utiliser les créneaux déjà disponibles ? L’exemple des Émirats arabes unis met en lumière une piste concrète : utiliser l’IA pour réduire les rendez-vous non honorés, fluidifier les agendas et améliorer l’accès aux soins.

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En France, la difficulté à obtenir un rendez-vous médical n’est plus un simple irritant du quotidien. Elle devient un frein concret à l’accès aux soins. Dans certaines spécialités, l’attente s’étend sur plusieurs semaines, parfois plusieurs mois, au point de retarder des prises en charge et d’alimenter le renoncement aux soins. Source
Pourquoi la question des délais d’attente devient centrale en France
Les données françaises montrent depuis plusieurs années une forte tension sur l’accès aux soins spécialisés. La DREES relevait déjà des délais médians de 50 jours pour obtenir un rendez-vous chez un dermatologue et de 52 jours chez un ophtalmologiste, avec des écarts importants selon les territoires. Dans les zones où l’accessibilité aux soins est plus faible, les délais s’allongent encore davantage. Source
Cette pression semble s’être aggravée. Selon un article de franceinfo s’appuyant sur le baromètre de la Fédération hospitalière de France, il faut compter en moyenne 12 jours pour consulter un généraliste, trois mois pour un cardiologue et quatre mois et demi pour un dermatologue. Le même article indique que 73 % des Français déclarent avoir déjà renoncé à au moins un soin au cours des cinq dernières années. Source
Le problème invisible : les rendez-vous non honorés
Quand on parle de délais d’attente, le débat se concentre logiquement sur le manque de médecins et les déséquilibres territoriaux. Pourtant, un autre facteur pèse lourdement sur la fluidité réelle du système : les créneaux perdus. En France, le Conseil national de l’Ordre des médecins indique, avec l’Académie nationale de médecine, que plusieurs enquêtes estiment que 6 % à 10 % des patients ne se présentent pas à leur rendez-vous chaque semaine. Cela représenterait près de 27 millions de rendez-vous non honorés par an. Source
Dans un système déjà sous tension, chaque rendez-vous perdu a un effet immédiat. Il désorganise le planning du praticien, mobilise inutilement les équipes, et prive un autre patient d’une consultation potentielle. Autrement dit, le délai d’accès aux soins ne dépend pas seulement du volume d’offre médicale. Il dépend aussi de la manière dont les rendez-vous sont confirmés, suivis et sécurisés.
Quand une partie de l’offre n’est plus réellement ouverte aux nouveaux patients
La difficulté d’accès aux soins ne tient pas seulement à l’absence de médecins disponibles. Elle tient aussi au fait qu’une partie des praticiens n’accepte plus, ou beaucoup moins, de nouveaux patients. Dans l’étude de la DREES, cette situation représente 14 % des échecs de prise de rendez-vous. Cela signifie qu’une offre médicale peut exister localement sans être réellement accessible à ceux qui cherchent à entrer dans le parcours de soins. Source
Pour les patients, la conséquence est immédiate : il faut appeler plus loin, attendre plus longtemps, ou parfois renoncer. La DREES observe d’ailleurs qu’après un échec de prise de rendez-vous, 56 % des patients cherchent un autre professionnel, tandis que 32 % finissent par renoncer à leur demande de soins. Ce phénomène est particulièrement pénalisant dans les spécialités déjà saturées, où l’accès devient encore plus verrouillé pour les nouveaux entrants. Source
Cette réalité est confirmée sur le terrain. Dans un reportage de franceinfo, un cardiologue explique prendre de moins en moins de nouveaux patients parce qu’il n’a plus de place dans un agenda déjà saturé. Ce type de situation montre bien que la tension sur l’accès aux soins ne se mesure pas seulement au nombre de praticiens installés, mais aussi à la part de cette offre réellement disponible pour de nouveaux rendez-vous. Source
Pourquoi regarder du côté des Émirats arabes unis

Les Émirats arabes unis offrent aujourd’hui un cas intéressant d’usage de l’IA dans la gestion des rendez-vous médicaux. Les résultats publics les plus documentés proviennent de l’expérience menée par Emirates Health Services, un réseau de santé opérant à l’échelle de plusieurs émirats. L’intérêt de cet exemple est simple : il ne promet pas de créer instantanément plus de médecins, mais de mieux utiliser les créneaux déjà existants. Source
L’expérience est intéressante précisément parce qu’elle s’attaque à un point très concret : les rendez-vous non honorés. Le réseau faisait face à un taux élevé de no-show en soins primaires, autour de 21 %, ainsi qu’à des temps d’attente significatifs. Pour y répondre, il a mis en place un dispositif combinant analytique temps réel et intelligence artificielle afin d’identifier les rendez-vous les plus à risque d’être non honorés.
Ce qu’a démontré Emirates Health Services
Le modèle utilisé reposait sur un algorithme de type random forest, alimenté par 16 variables liées au patient, à son historique et aux caractéristiques du rendez-vous. L’objectif n’était pas de remplacer les équipes humaines, mais de leur permettre de concentrer leurs efforts de rappel et de confirmation sur les patients les plus à risque d’absence.
Les résultats publiés sont marquants. Le taux de rendez-vous non honorés est passé de 20,82 % à 10,25 %, soit une baisse de 50,7 %. Le temps d’attente moyen a diminué d’environ 5,7 minutes, avec certains centres atteignant jusqu’à 50 % de réduction. L’étude rapporte aussi plus de 6 400 heures d’attente économisées en trois mois.
Chiffres clés
20,82 % → 10,25 % de taux de no-show
-50,7 % de rendez-vous non honorés
-5,7 minutes de temps d’attente moyen
Plus de 6 400 heures d’attente économisées en trois mois

Ce que la France pourrait en retenir
La France n’a pas le même système de santé que les Émirats arabes unis, ni les mêmes conditions de gouvernance ou d’intégration des données. Mais le mécanisme observé est universel : quand les agendas sont saturés, chaque créneau perdu compte double. C’est pourquoi une IA de gestion des rendez-vous peut devenir un outil très concret de fluidification du parcours patient.
Concrètement, une telle logique pourrait permettre de mieux cibler les rappels, d’anticiper les absences probables, de remettre plus vite les créneaux à disposition et de piloter plus intelligemment des listes d’attente actives. L’intérêt de cette approche est simple : elle n’augmente pas directement le nombre de soignants, mais elle peut contribuer à mieux utiliser le temps médical réellement disponible.
Cette piste est d’autant plus pertinente que les difficultés d’accès aux soins en France ne tiennent pas uniquement à la démographie médicale. La DREES montrait aussi que certains échecs de prise de rendez-vous s’expliquent par l’absence de créneaux compatibles, par le fait que certains praticiens ne prennent plus de nouveaux patients, ou encore par des problèmes de joignabilité. Source
Ce que l’IA ne résout pas à elle seule
Il faut cependant rester lucide. L’IA appliquée aux rendez-vous ne supprimera ni les déserts médicaux, ni la pénurie de spécialistes, ni les fortes inégalités territoriales d’accès aux soins. Elle ne remplace pas non plus les autres leviers de transformation nécessaires, comme la téléconsultation, la coopération entre professionnels ou l’organisation plus efficiente des soins primaires. Source
L’OCDE rappelle d’ailleurs que l’amélioration de l’accès aux soins passe par une combinaison d’outils : meilleure répartition des rôles, usages numériques pertinents et meilleure organisation des flux. L’IA de rendez-vous doit donc être pensée comme un levier complémentaire, pas comme une solution miracle. Source
Pourquoi ce sujet est particulièrement important pour SPEEDOCTOR
Pour SPEEDOCTOR, ce sujet est central. Réduire les délais d’accès aux soins ne consiste pas seulement à trouver un rendez-vous plus vite. Cela consiste aussi à rendre le parcours plus lisible, plus fluide et plus efficace, en rapprochant le bon patient du bon professionnel au bon moment.
C’est précisément ce que révèle l’exemple des Émirats arabes unis : avant même de créer de nouvelles capacités, il existe souvent une capacité cachée dans une meilleure orchestration des rendez-vous. Autrement dit, l’intelligence artificielle ne remplace pas le soin ; elle peut réduire les frictions qui ralentissent l’accès au soin.
Conclusion
Si la France veut fluidifier l’accès aux soins, elle ne peut pas seulement raisonner en nombre de médecins. Elle doit aussi raisonner en temps médical réellement utilisé. À ce titre, l’exemple des Émirats arabes unis mérite d’être pris au sérieux : il montre qu’en réduisant les rendez-vous non honorés et en optimisant les agendas, l’IA peut déjà produire un gain mesurable pour les patients comme pour les professionnels.
